Xavier Breton sur la loi bioéthique : « C’est une vision ultra-libérale de la famille » Retrouvez l’interview de La Croix

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Xavier Breton sur la loi bioéthique : « C’est une vision ultra-libérale de la famille »

Entretien 

À la veille du début de l’examen de la loi en commission, le député LR Xavier Breton estime que le rôle de son camp est d’« attirer l’attention sur les lignes rouges qui sont en train d’être franchies ». Selon lui, comme en 2012, la mobilisation des élus de droite dépendra de l’ampleur des manifestations.

  • Recueilli par Loup Besmond de Senneville, 
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Xavier Breton sur la loi bioéthique : « C’est une vision ultra-libérale de la famille »
 
Paris, France le 4 Avril, 2018 – Seance de questions au gouvernement a l assemblée nationale avec Xavier Breton.VINCENT ISORE/IP3/MAXPPP

La Croix : Votre groupe a déposé plus de la moitié des 2000 amendements pour modifier le projet de loi sur la bioéthique. Sur quel point espérez-vous le voir évoluer ?

Xavier Breton : Les auditions auxquelles nous avons assisté pendant deux semaines ont bien montré que le texte n’est absolument pas stabilisé. Elles ont fait ressortir différents points problématiques, comme la filiation ou le risque de marchandisation des gamètes et du corps. De même, le projet du gouvernement va très loin, trop loin, en ce qui concerne la recherche sur l’embryon.

Les amendements que nous avons déposés sont là pour ouvrir le débat et attirer l’attention sur les lignes rouges qui sont en train d’être franchies. Nous voulons sonner l’alerte et approfondir toutes les questions.

De quelles lignes rouges s’agit-il selon vous ?

X. B. : L’une d’entre elles est la facilitation de la recherche sur l’embryon pour des motifs financiers, sous la pression de certains laboratoires. L’autre ligne rouge franchie est celle qui consiste à dire que la filiation dépendrait de la seule volonté. Cela sous-entendrait que la structure familiale ne serait plus fondée sur un père et une mère, mais se réduirait au produit d’un contrat entre individus. C’est une vision ultralibérale de la famille qui évacue toute dimension corporelle et toute altérité sexuelle. Si l’on fonde la famille sur la seule volonté et en dehors de toute altérité sexuelle, qu’est-ce qui empêchera, demain, de fonder une famille sur trois ou quatre parents, avec la reconnaissance de système de coparentalité ?

De quelle marge de manœuvre disposez-vous, dans un contexte où les députés de la majorité soutiennent massivement le texte ?

X. B. : Nous voulons avant tout ouvrir le débat et assumer très clairement les oppositions. On voit bien que nous sommes face à une vision idéologique de la famille et que l’on n’arrivera pas à faire changer les grands blocs du texte. Mais sur des points plus techniques, comme certains aspects de l’anonymat du don de gamètes, les options que nous proposons seront peut-être retenues. Par ailleurs, sur l’établissement de la filiation pour les couples de femmes, ce qui ressort des débats est qu’il n’y a que des mauvaises réponses : soit on crée un système de filiation uniquement réservé aux couples de femmes, soit on impacte tout le monde en revoyant totalement les règles actuelles. Tout cela relève du bricolage : il n’y a pas de bonne solution.

Quelle position défendrez-vous en ce qui concerne l’anonymat du don de gamètes ?

X. B. : Personnellement, je pense qu’il y a davantage d’inconvénients à lever l’anonymat qu’à maintenir le système actuel en place. Il faut laisser les familles ayant recouru à un don de gamètes choisir d’informer – ou non – leur enfant sur leur mode de conception.

Les professionnels nous disent qu’il est préférable que les enfants soient informés, mais ce n’est pas à l’État d’y obliger les parents. L’État n’a pas à venir mettre le nez dans les secrets de famille.

Plusieurs amendements portent sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Cela vous inquiète-t-il ?

X. B. : Oui. Vouloir discuter de ce sujet alors qu’il n’y a eu aucune réflexion préalable sur le sujet n’est pas respectueux. J’espère que la majorité tiendra ses troupes pour que l’on ne s’engage pas dans ce débat.

La droite est-elle réellement mobilisée sur la bioéthique ?

X. B. : Dans la commission, nous avons été cinq députés républicains à suivre 80 % des auditions, alors que beaucoup de collègues de la majorité n’ont pas eu cette assiduité. C’est le signe de cette mobilisation. Dans les prochaines semaines, tout dépendra aussi de la manière dont le mouvement social opposé à l’extension de la PMA s’exprimera, ou non, dans la rue. Lors des débats sur le mariage pour tous, c’est à partir du moment où nous avons vu l’ampleur des manifestations que la droite s’est réellement mobilisée. Or aujourd’hui, personne ne sait si ce mouvement prendra ou non. La mobilisation de la droite dépendra en partie de l’ampleur des manifestations.

Manifesterez-vous le 6 octobre ?

X. B. : Oui, je ne vois aucune raison de ne pas y aller.

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Ethique/Xavier-Breton-loi-bioethique-Cest-vision-ultra-liberale-famille-2019-09-09-1201046285?utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1568042917

 

 

 

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